Traer Scott

Natural history

L’été de mes neuf et dix ans, ma mère au lieu d’engager une babysitter, m’enfermait toute la journée dans le Musée d’Histoire Naturelle de la ville où l’on habitait…et ce, tous les jours! Excentrique et pleine de vie, elle y était conservatrice bénévole, et moi je passais des semaines en solitaire à communier avec les animaux du musée, vivants et morts, à faire fonctionner le vieil ascenseur manuel pour les employés et à fouiller dans la collection privée de livres et de journaux, en désordre et rongée par les mites. Depuis, je revendique cette immense affection pour toutes les choses mystérieuses, anciennes et qui sentent un peu le moisi, en particulier les animaux conservés dont la présence à la fois morte et vivante nous fascine autant qu’elle nous déroute.

En 2008, lors d’une longue visite à l’American Museum of Natural History de New York, j’ai accidentellement créé une curieuse image en prenant des clichés instantanés de leurs dioramas. L’image de mon mari s’est reflétée sur une vitre et s’est parfaitement juxtaposée sur une énorme autruche. Ça m’a fait réfléchir. Quelques mois plus tard, j’ai commencé à parcourir le pays à la recherche d’expositions de dioramas ; mon but était de capturer ces narrations à la dérobée. C’est à la fois exaltant et salutaire d’être le catalyseur de ces images, réellement alchimiques, qui s’opposent à une période vieille d’un siècle et issue d’une synchronisation aléatoire et d’une lumière singulière.

Natural History (Histoire Naturelle) est une série de clichés candides, à huis clos et à pose unique dans laquelle les vivants se mêlent aux morts, créant par ce biais les narrations allégoriques de notre coexistence troublée avec la nature. Aux reflets fantomatiques des visiteurs modernes qui observent les dioramas de la vie sauvage se superposent des sujets eux-mêmes empaillés, abrités derrière le verre épais, le visage moulé dans des expressions permanentes de la peur, l’agression ou la passivité fugace.

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Lien vers l’article de Square Magazine